Alors que nous hésitions à publier une nouvelle chronique pop-rock sur MaximalMinimal, une personne impliquée dans le site a très justement fait remarquer que l’été est la saison des musiques immédiates et se prête moins à la plongée en eaux sombres d’albums techno complexes et élaborés, sur lesquels nous ne manquerons pas de revenir à la rentrée.
Musique estivale et immédiate ne veut pas dire musique de moindre qualité, et c’est ce que nous prouve le nouveau buzzbandBest Coast, duo californien blogué à outrance, en nous délivrant un premier disque léger mais de qualité, Crazy For You. Le format est tout ce qu’il y a de plus pop : tous les titres sont compris entre deux et trois minutes, articulés autour de la voix féminine de la chanteuse Bethany Consantino, toujours juste, très bien mise en valeur dès le premier single de l’album, When I’m With You. Et c’est une chance, car ce sont les voix qui sont mises en avant tout au long de ces 13 titres.
Mélange de sonorités vintage summer-pop californiennes classiques et de modernité et d’énergie indie, paroles souvent naïves (I Wish He Was My Boyfriend en est le parfait exemple), Crazy For You s’inscrit dans la tendance rétro-revival, aussi cool et lo-fi qu’une plage ensoleillée photographiée au polaroïd. Des chansons d’amour un peu stupides, qui vous restent pourtant dans la tête pendant toute la journée, et, comme chez tout groupe californien qui se respecte, quelques sonorités surf-rock qui pointent le bout de leur nez (sur The End ou Bratty B, par exemple). L’album, légèrement monochrome, ne franchira certainement pas les années mais est un excellent album d’été que nous prenons un grand plaisir à écouter.
Comme le disait un blog américain à son propos, on se demande parfois en l’écoutant si, cachée derrière ses Ray-Ban Clubmaster et ses tatouages, Bethany est une romantique un peu vintage et désabusée, née à la mauvaise époque, ou au contraire une IT girl rompue à la génération Twitter et à la blogosphère musicale. Curieusement coïncidant en terme de dates de sorties, Crazy For You est un peu l’opposé du King Of The Beach de l’autre californien en vogue, Wavves(que nous avons d’ailleurs chroniqué sur une autre plate-forme). Aux uns les plages, le soleil et les histoires d’amour, à l’autre l’indie punk, le cannabis, et le surf. Nous avons décidé de ne pas choisir, et faisons de ces deux albums notre bande-son des semaines à venir.
Crazy For You est sorti le 27 juillet sur le label new-yorkais Mexican Summer.
Sixpack France est heureux d’annoncer le Festival PLAYTIME, qui se déroulera sur 3 soirs, les 11, 12 et 13 août prochains.
Trois nuits dans l’espace plein air de l’établissement historique de la région avignonnaise, le Privé, où la marque française, sa clique d’artistes et de DJ’s débarquent : Jean Nipon, Para One, Optimo, Rub ‘N Tug, Tekilatex & Orgasmic, Chateau Marmont… dans tes yeux et tes oreilles pour profiter de l’été.
Pour l’occasion, PLAYTIME projettera en exclusivité et en avant-première le film de Para One It Was On Earth That I Knew Joy, son premier documentaire Sci-Fi orchestré par Sixpack France afin d’illustrer sa collection inspirée de la Jetée de Chris Marker.
Une programmation que nous n’avons nul besoin de détailler ici, une identité visuelle digne de la marque, il ne nous en fallait pas plus pour nous enthousiasmer et souhaiter tous nos veux de réussite à Lionel et son équipe pour cette première édition !
PROGRAMMATION :
Mercredi 11 août :
- JEAN NIPON (Institubes / FR) Dj Set
- PARA ONE (Institubes / FR) Live
- ADAM KESHER (Disque Primeur / FR) Dj Set
Jeudi 12 août :
- RUB ‘N’ TUG (Sarcastic / USA) Dj Set
- CHATEAU MARMONT (Institubes / FR) Dj Set
Vendredi 13 août :
- OPTIMO (Tigersushi / UK) Dj Set
- TEKILATEX & ORGASMIC (Institubes – Sound Pellegrino / FR) Dj Set
TARIFS :
Pass 3 soirs : 36€
Prévente 1 soir : 15€
Sur place : 20€ avec 2 consommations.
11, 12 , 13 août au Privé, Avignon
Privé : Lieu Dit Des Cavernes / Route de Tavel 30133 Les Angles
Préventes sur Grossomodo
En partenariat avec SIXPACK FRANCE, MaximalMinimal vous offre 5 pass 1 jour pour cet évènement unique, à choisir entre le mercredi (Nipon, Para One, Adam Kesher) ou le jeudi (Rub ‘N’ Tug, Château Marmont). Pour cela, laissez un commentaire sur cet article avant le premier août – les vainqueurs seront tirés au sort!
Il devient de plus en plus facile de consommer de la musique, et surtout plus facile d’en diffuser. Certains en profitent pour s’en mettre plein les fouilles, d’autres pour nous faire encore plus de bien aux oreilles. Peppermill Records fait partie de cette deuxième catégorie.
Originaire de Colombie-Britannique au Canada, ce label, à la tendance green-écolo, est spécialisé dans les projets collaboratifs et travaille avec des artistes du monde entier pour diffuser gratuitement leurs œuvres une fois terminées. Nombre de ces artistes se sont fait une place de choix sur scène mais continuent de contribuer à l’enrichissement de Peppermill, preuve que ce système fonctionne. On peut notamment y apprécier la présence des œuvres de Rafter, Candy Claws, Binärpilot, Mochipet ou encore Tarran the Tailor.
Chaque année, le label organise aussi un festival avec ses artistes en tête de liste. Lac et montagnes y remplacent foule et voitures, et jamais vous n’aurez vu de spectacle aussi détaché du monde que celui du Peppermill festival.
En ce mois de juillet, Peppermill Records a lancé son projet 2999: The Future is Now, en demandant à ses artistes musiciens et dessinateurs de tenter d’illustrer leur vision du monde dans le futur, en 2999 plus précisément. Et le résultat est fascinant. Avec une sortie toutes les semaines, le label nous emmène pendant plusieurs mois dans un voyage temporel, musical et visuel.
Ce vendredi, c’est l’artiste Alphabets Heavenet le peintre David Schleinkoferqui sont à l’honneur pour la première sortie de 2999. Nous attendons avec impatience la suite de l’histoire, et vous encourageons à aller explorer le reste du contenu du site de Peppermill qui regorge de bien des surprises.
[MaximalMinimal] Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ? Young Michelin, votre nom, c’est un hommage à quelque chose en particulier ?
[YM] Nous sommes Young Michelin, cinq garçons dans le van. Le groupe est composé de Romain Leiris à la basse, Arnaud Pilard à la guitare, Vincent Pedretti à la batterie, Laurent Maudoux aux claviers et moi-même Romain Guerret à la guitare et au chant. Tous expatriés à Marseille. Notre nom rend hommage à la jeunesse et à la magie blanche. Nous portons des sous-pulls noirs, fendus de larges bandes de couleur comme tout bon individu en marge qui se respecte.
[MaximalMinimal] Quelle a été la volonté de Romain Guerret en créant ce side-project qu’est Young Michelin en plus de Dondolo ?
[YM] Rien n’est venu motiver la création de YM, cela s’est fait comme ça, sans aucune ambition particulière, juste l’envie d’exprimer des sentiments. La tristesse, la colère, la résignation, le dégoût de notre société contemporaine. Arroser notre ennui de brume de fuzz, de refrains mélancoliques.
[MaximalMinimal] Comment décririez-vous votre musique et les influences que vous avez eues ?
[YM] De la musique pour chaires sensibles, loin des saillies ludico-festives et obscène de la pop d’aujourd’hui (où tout le monde semble ravi pour rien), nous ne faisons pas de cœurs avec nos mains. La musique de YM n’est pas très moderne, elle est hors du temps, surannée comme une vieille rose séchée, elle a l’odeur des coursières au printemps, le goût du vin les lendemains de cuites, l’odeur de l’orage au loin.
[MaximalMinimal] On vous compare parfois de manière extravagante à Poly Styrene ou Michel Gondry. Votre style musical et votre inspiration, est-ce de la nostalgie ? L’influence de votre origine “provinciale” ?
[YM] Les gens seraient plus nostalgiques en Province qu’à la capitale ? Peut-être…En tous cas oui, nous sommes tous des provinciaux, des quatre coins de la France, et l’on nous compare à tout un tas de trucs (oui-oui, Indochine, Taxi girl, Violette Nozière, Field mice, the Drums, une Méhari …) à tort ou à raison. Nous ne sommes pas nostalgiques mais mélancoliques, la nuance est de taille. Il est bon, voire salutaire de pouvoir s’extraire du temps et rêvasser, se noyer dans ce flot d’images perdues, fantasmer notre propre passé, le poétiser, le transformer pour en faire autre chose. Face à la vulgarité du monde moderne c’est un moyen de défense accessible à tout le monde et pour pas grand-chose. C’est ça ou poser des bombes.
[MaximalMinimal] Vous distribuez votre musique en digitale gratuitement sur Holiday Records, et vos vinyles sur une plateforme unique (Bulle Sonore Records). Peu de groupes font ça à l’heure actuelle. Est-ce que c’est un modèle de distribution qui vous tient à cœur au regard de l’évolution de l’industrie musicale ?
[YM] Il y a vachement de gens qui sortent des EPs, 45 tours, vinyle, en ce moment.
Le top c’est de mélanger les deux technologies en insérant, dans la pochette du vinyle, des codes permettant le téléchargement des titres en MP3 pour mettre sur son walkman. Comme ça les gens ont le joli objet chez eux et ils peuvent écouter son contenu partout. Ça c’est chouette je trouve. Après je n’ai pas trop d’avis sur les différents modèles de distribution, on fait comme on peut avec ce qu’on a.
[MaximalMinimal] Qu’est-ce qui vous a amenés à signer et à travailler avec Jacob Graham (fondateur de Holiday Records et leader de The Drums, ndlr) ?
[YM] Ce dinosaure de Myspace ! Et oui ils font leur marché sur Myspace comme à la grande époque en 2006 ! Ils m’ont contacté via Myspace donc et m’ont dit qu’ils aimaient beaucoup la musique de Young Michelin, ils m’ont expliqué leur façon de fonctionner et voilà, archi-simple. Je ne connaissais ni le label ni le groupe The Drums à l’ époque, c’est-à-dire il y a quelques mois. On vient aussi de sortir de jolis petits “split CD” collectors via le chouette label Cloudberry records aux USA.
[MaximalMinimal] Vous commencez à être assez médiatisés, avec un mini-reportage dédié aux deux groupes de Romain Guerret sur France 3, un article dans MAGIC Mag et une émission sur Électron Libre bientôt. C’est un choix ou quelque chose qui vient malgré soi ?
[YM] On essaye de diffuser un maximum notre musique, d’être présents partout, d’envahir les médias, de truster la presse, de faire chier un maximum de monde avec YM. C’est notre tactique du genre “drame”.
[MaximalMinimal] Vous sortez en 2009 l’EP Je Suis Fatigué/Elle M’Oubliera et cette année un autre EP, Young Michelin. La sortie d’un album serait-elle imminente ?
[YM] On y travaille, à notre rythme oui, par à-coups, sans rien forcer, surtout ne pas faire de remplissage ou des titres à tout prix, au détriment de la qualité. Rien ne presse finalement, il faut battre le fer tant qu’il échoue, ihihih, ahahaha.
[MaximalMinimal] Nos lecteurs sont très curieux ; qu’est-ce que vous écoutez comme musique en ce moment ?
[YM] Ben franchement j’écoute pas de musique car tous mes appareils sont en panne à cause de la chaleur, et je n’arrive pas à synchroniser mon niphone avec mon nitunes, tout est très compliqué pour moi en ce début d’été. Vivement la rentrée qu’on se mouille !
[MaximalMinimal] Un petit mot pour la fin ?
[YM] …nunc est bibendum, nunc pede libero pulsanda tellus … (« C’est maintenant qu’il faut boire et se déchaîner/danser », ndlr)
On remercie The Young Michelin, ce groupe hors du temps, de nous avoir livré cette interview pleine de sincérité et d’humour.
Eric Berglund, membre du duo The Tough Alliance, avait annoncé il y a quelques mois son envie de travailler sur un projet solo en publiant sur internet la vidéo prologue de son projet. Les deux suédois ont longtemps été des précurseurs de la scène indie électro et se sont surtout fait remarquer par leurs textes et leur comportement sur scène, marques de leur mélancolie et de leur perpétuelle quête de la paix intérieure. Certains médias ont même été jusqu’à dire que le groupe prônait violence et hooliganisme, mais les vrais amateurs savent qu’il n’en est rien.
La sortie d’un album d’Eric Berglund sur deux des labels les plus influents de la scène électro et rock psychédélique actuelle, Modular et Sincerely Yours, avait donc attisé notre curiosité. On ne pouvait espérer qu’un chef-d’œuvre après le récent succès, bien justifié, de Tame Impala et de JJ sur les deux labels cités précédemment. Mais c’est surtout l’histoire et la pagaille de sentiments accompagnant l’album qui lui donnent une autre dimension.
La paix intérieure, Berglund semble l’avoir trouvée en s’esseulant. White Magic, le titre de l’album l’indique, mais aussi les textes : “J’ai finalement touché la vie et tout était si clair” nous explique-t-il dans Oh God Oh Dear, la cinquième piste. En huit morceaux, ceo (toujours écrit en minuscules pour ne pas fâcher l’artiste) nous transporte dans un univers que l’on peut difficilement définir par des mots. Le voyage ne dure qu’une petite trentaine de minutes mais fait escale dans des lieux bien singuliers.
Le tout est efficacement assemblé, malgré cette impression d’album-cahier-de-brouillon sur lequel Berglund aurait griffonné quelques idées sans trop savoir. Le premier morceau, All Around, annonce la différence de sensibilité qui sépare ceo et The Tough Alliance. Cependant, dans Illuminata, la piste suivante, ceo nous prend à contre-pied en se livrant à l’exercice de la “pop-song” façon Vampire Weekend comme pour nous montrer qu’il n’a pas oublié ses travaux précédents. White magic, le morceau éponyme de l’album, ainsi que No Mercy nous montrent que l’artiste a des ressources et qu’il peut maîtriser bien des atmosphères en mélangeant des sonorités qui n’étaient pas prédestinées à vibrer ensemble.
Comme un clin d’œil, ceo termine son album par une piste en suédois ainsi que par le single de l’album, Come with Me, dont je vous laisse apprécier la vidéo, représentant cette bataille intime que se livrent sans cesse le bien et le mal.
L’album est en distribution sur la plupart des plateformes. Je vous invite aussi à visiter le site de ceo, très sobre, qui nous assure qu’EricBerglund a choisi d’avoir une identité visuelle décidément bien précise.
À l’occasion de la VoxPop Party qui s’est déroulée le 12 juin à la Flèche d’or, nous avons rencontré le groupe Call Me Señor, ex-The Victorians, qui nous a offert une interview et une courte session acoustique avant le début de leur concert.
[MaximalMinimal] Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
[JB] Call Me Señor c’est Alex et moi. Deux mecs qui font de la bonne musique.
[Alex] Ça me va (rires).
[MaximalMinimal] Le passage de The Victorians à Call Me Señor a été un véritable virage. Qu’est-ce qui vous a poussés à faire ça ?
[Alex] En fait on était dans le groupe les Victorians, et ça marchait très bien. Mais le groupe s’est arrêté pour des raisons personnelles. C’était le troisième groupe que certains membres on dû arrêter, et donc on a pas eu le courage de les remplacer, surtout qu’on avait commencé comme une bande de potes. Avec JB on s’est rendus compte qu’on avait seulement besoin l’un de l’autre pour continuer. Et on a commencé Call Me Señor, avec un petit virage musical en se tournant un peu plus vers l’électro.
De toute façon comme on avait plus de batteur et de bassiste, on s’est dit qu’on allait les faire nous même. Le meilleur moyen ça a été de les passer sur piste pour être sûrs de contrôler tout le processus et la performance live.
[MaximalMinimal] Et le public que vous avez aujourd’hui, est-il le même que pour les Victorians ?
[Alex] Et bien, je crois qu’il a évolué en même temps que nous.
[JB] Certains sont venus au premier concert de CMS parce qu’ils aimaient bien The Victorians, mais je pense qu’au final, ces chansons-là on pourrait les faire à 5 dans un plus grand groupe. Ce serait très bien.
[MaximalMinimal] Et le nom «Call Me Señor», c’est un hommage à quoi ?
[JB] JB est né au Mexique, et voilà ça a suffit quoi (rires).
[MaximalMinimal] À en voir l’évolution du rock et de l’électro ces 10 dernières années, on a l’impression que ces deux genres avancent main dans la main, et que la frontière devient presque inexistante par moment. L’idée de mêler rock et électro, c’est venu naturellement pour vous ?
[JB] Le virage électro est venu d’un constat pour nous deux. On allait passer sur des boîtes à rythme, et pour prendre le virage à fond, on pensait aussi partir sur des claviers. Au final une chanson c’est quoi ? C’est des accords et une mélodie (rires), et après tu peux en faire quelque chose de plus électro, ou demain pour toi on peut jouer du reggae.
[Alex] Mais c’est vrai que le déclic, c’est qu’avant on était plus féroce. On voulait un son absolument naturel et rien sur CD qu’on ne puisse pas jouer sur scène. Et maintenant, si on a des pistes de batterie derrière, après tout, avec ça tu peux rajouter des arrangements, puis des claviers. Donc on a naturellement fini par faire des instrus bien plus électro qu’avant. Comme il y a une vraie différence avec le groupe de rock classique basse, deux guitares et une batteries, on s’est dit “tant qu’à changer ça, autant le faire complètement”. C’est l’opportunité en fait, parce qu’on aurait très bien pu prendre deux mecs pour jouer à la place.
[MaximalMinimal] La grande majorité des groupes rocks, alternatifs voire pop décident de chanter en anglais sur leur musique. Est-ce que pour vous ça a été un choix, ou quelque chose qui est venu naturellement ?
[Alex] Alors il y a plusieurs réponses à ça. La première c’est qu’on a eu des influences, et que beaucoup de ce qu’on a écouté a toujours été en anglais. Ça a toujours paru plus mélodieux et aussi plus facile. C’est pas pour autant qu’on considère les paroles comme faciles, parce qu’on passe beaucoup de temps dessus en les bossant bien. Et en même temps, les seuls artistes français que j’ai écoutés et appréciés sont presque inégalables. Je pense à Brel, Gainsbourg… donc si on se compare un peu, ça fait dur (rire).
[JB] Surtout que ce qu’on entend aujourd’hui en rock français, à part certains, c’est pas l’éclate… Les groupes, on peut le dire, de merde, les BB Brunes par exemple, et bien c’est pas excitant quoi. Ça freine, et t’as l’impression que les groupes qui chantent en français ont presque deux ans de retard.
[Alex] En plus, on a privilégié la sortie digitale. Donc on est pas disponibles dans les magasins mais seulement sur les plateformes digitales. Résultat, on a autant vendu aux USA qu’en France. C’est bien la preuve pour nous que ça aurait été vraiment dommage d’ignorer une partie du public.
[JB] Tu viens de citer Phoenix qui est vraiment une influence par exemple, si on pouvait avoir le même parcours, on cracherait pas dessus bien sûr.
[MaximalMinimal] L’actualité de Call Me Señor ?
[JB] Donc on a sorti notre EP “Oh La La”, qui est disponible sur iTunes, Amazone et toutes les autres plateformes. C’est clairement une première production dont on est assez contents. On fait ça vraiment tous les deux et ça nous appartient. Après on va commencer d’autres choses mais ça sera probablement différent parce que plus tard il y aura le producteur et tout le reste, alors que pour l’instant tout vient de nous.
[Alex] C’est là aussi que les groupes qu’on a eu par le passé, ça nous a quand même bien aidés. Avant on avait des enregistrements dégueulasses alors qu’on avait de l’aide, du matos et des ingés son. Maintenant on le fait presque à l’arrache et on maîtrise absolument tout. Malheureusement on est plus que deux, et la faute de goût peut arriver plus rapidement (rires).
[JB] On ne dit pas que c’est effrayant de perdre du contrôle sur nos productions futures, parce que c’est naturel et qu’en même temps on a l’envie de bosser avec des gens qui peuvent nous apporter quelque chose.
[Alex] En tout cas, c’est la première fois qu’on sort véritablement quelque chose, parce qu’avec les autres groupes on a toujours fait que de la scène. On a un vrai sentiment de “ça y est, on l’a fait”.
Donc ce serait dur de ne pas remercier Nico, Thomas et notre label Shakermaker.
[MaximalMinimal] Vous faites partie de ceux qui pensent qu’Internet et le téléchargement (légal ou illégal) sont un véritable gouffre pour la musique moderne, ou au contraire, que ça permet de mieux partager et de contribuer à son rayonnement ?
[Alex] Bien, 95% des téléchargements sont illégaux sur internet. Je pense qu’il y a deux niveaux : nous ça peut clairement nous servir, comme on est au début et qu’on cherche de l’exposition et des gens qui viennent à nos concerts, avoir tes chansons qui circulent, ça peut que t’aider. Mais après, le pire c’est quand t’es pas encore un grand groupe, t’es juste un groupe débutant entre les deux qui essaye de faire de l’argent avec.
[JB] Pour nous c’est un plus, mais arrive le moment où ça te coûte un maximum, entre le label et la production. Donc clairement si tu rentabilises pas, eux ils te virent et c’est tout.
[Alex] Je pense que la manière avec laquelle on vend de la musique a déjà commencé à changer. C’est bien d’une part de créer des modèles de business, My Major Company est le reste, mais après, si c’est que de l’argent, la production du frère de Goldman et que ça reproduit le schéma des majors, ça a pas tellement d’intérêt.
Au moins les gens ont le mérite de se bouger le cul. Je pense à Shakermaker, notre label, c’est un label indépendant qui a été créé pour une sortie digitale et fait sur-mesure pour notre groupe. Une manière pour nous d’être plus proches des gens qui nous écoutent.
[JB] De la même façon, le format de l’album à terme est moins intéressant que le format du single je pense. Les Beatles qui sortaient à un moment des singles toutes les semaines, c’est un concept qui me botte plus.
[Alex] Oui, je suis d’accord avec JB. Il n’y a pas trop d’intérêt à sortir un album avec 3 singles à l’intérieur et 5 brouillons à côté. Mais dans tous les cas il faudra sortir un album, parce que le public sacralise encore beaucoup l’album.
[MaximalMinimal] Qu’est-ce qui vous a le plus influencés musicalement ?
[Alex] The Cure, c’est pas du tout électro. Ça n’influence pas directement ma musique mais ce sont des trucs que j’écoute depuis tout petit. Tout est bon dans The Cure (rires). Aussi bien les mélodies, les instrus ou les paroles.
[MaximalMinimal] Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?
[Alex] Le dernier Foals, tout l’album est un véritable plaisir à écouter. Le son est vraiment travaillé, sans te faire mal aux oreilles, et ça devient un peu bordélique sur la fin de l’album. Selon moi, ils ont vraiment eu du courage là-dessus, parce que c’est le genre de virage que la plupart des groupes ne se permettent qu’après le 3e ou le 4e album car ils préfèrent rester dans leur moule sur les premiers pour plaire au même public. Foals eux, ils n’ont pas pris ce parti là, ils sont allés s’enfermer dans une maison comme LCD Soundsystem, pour produire leur album, et en tant qu’artiste je respecte ça.
[JB] En ce moment moi j’écoute un truc qui est super mal produit mais qui est assez cool, c’est Darwin Deez. Il commence à être vraiment connu.
[MaximalMinimal] Votre meilleur souvenir sur scène ?
[JB] Pour moi c’est le truc qui se passe quand je suis sur scène et que je me retourne vers Alex. C’est difficile à décrire, mais quand tu joues face au public, t’as un peu l’impression d’être dans un œuf, seul contre le monde. Et c’est génial en live, quand ce monde là t’aime bien et que ton partenaire est là pour te supporter. Ça me donne envie de me déchirer.
[Alex] Quand c’est comme ça, c’est vrai que JB a vraiment peur de rien.
Nous remercions Call Me Señor pour cette interview.
Bien qu’il y ait un homme derrière Arandel, il a décidé de rester en retrait afin de mieux mettre en lumière un projet qui pourrait vivre à travers d’autres dans le futur. Ce mystérieux homme-orchestre s’est imposé une contrainte de taille en s’attelant à la composition de In D : loin des standards de la musique électronique actuelle, aucun MIDI et aucun sample n’ont été utilisés dans la réalisation de cet album, chaque son ayant été enregistré par de véritables instruments afin de rendre l’ensemble plus authentique, une démarche prônée “organique” par son label, InFiné, maison du producteur lyonnais Agoria. Selon les mots de l’artiste, les MIDI “rendent tout possible [...], sont trop faciles à utiliser dans le processus créatif, et le résultat est souvent un peu décevant”.
Ce titre, In D, est un hommage au In C de Terry Riley, compositeur classique américain contemporain et chef de file du courant de la musique minimaliste.
Minimaliste, on pourrait le dire de cet album, dans le sens où tout y est fait avec justesse : on eût pu craindre qu’avec une référence à la musique classique et un refus de tout son pré-enregistré, l’ensemble se transforme en exercice de style un peu glissant, mais il n’en est rien.
Dès l’ouverture In D#1, on a affaire à une techno épurée mais chaleureuse, presque mystique lorsque l’énorme basse et les voix inquiétantes d’In D#5 nous clouent littéralement sur place ou que les murmures du chanteur Fredo Viola couvrent les violons d’In D#6. Sur le magnifique In D#7, peut-être le meilleur morceau de l’album, un quatuor de violoncelles et des percussions étranges s’invitent sur une basse parfaite, envoûtante, avant que l’insaisissable Arandel ne nous emmène déjà très loin, là où la batterie très saturée et les gargarismes rauques du chœur d’In D#9 nous surprennent quand nous ne nous y attendons pas, révélant soudainement des influences aussi lointaines que le shoegaze, nous ramenant tout droit aux meilleures sonorités de groupes du calibre de Spacemen 3.
In D#10 allie, selon les propres mots du label, le “roulement de pierres dans une carrière” aux cordes pincées d’un sitar indien et quelques délicates notes de piano. Les percussions boisées des lames d’un xylophone accompagnent un violoncelle sur la lente montée d’In D#8, et réapparaissent sur la techno d’In D#3, à l’ombre des trombones lui offrant des airs grandiloquents. La plupart de ces instruments, violons, violoncelles, sitars, se réunissent sur un Epilogue sombre et inquiétant, mélancolique à souhait.
Vous l’aurez compris, In D n’est pas un album comme les autres, loin de là. Œuvre d’un seul homme qui tient plutôt du chef d’orchestre que du producteur de musique électronique, il nous semble intemporel tant il s’affranchit avec humilité des codes de son époque. Au fil des écoutes, nous avons appris à l’apprécier et nous savons désormais que nous tenons un album brillant entre les mains.
In D sera disponible le 28 juin sur le label InFiné Music.
Nous ne sommes pas franchement en avance sur ce coup là, mais, après avoir interviewé Ellen Allien à l’occasion de la cinquième compilation Watergate, nous souhaitions renouveler tout notre amour à cette série qui nous a proposé une sixième sortie de qualité un peu plus tôt dans ce mois de juin.
Composé d’amis de longue date (Clement Zemtsov à la rythmique, Damien Vandesande aux claviers et à la corne, et Jonathan Illel, parolier et chanteur) nés dans les années 1980, dOP (dEEP, ORGANIC & from PARIS) est un trio parisien créé en 2008, qui s’apprête à sortir son premier album après quelques EPs et remixes prestigieux. Rien d’étonnant quand on sait que leurs amis s’appellent Guillaume & The Coutu Dumonts, Guy Gerber ou DJ Koze.
Le groupe livre une compilation mixée quelque peu différente de ce que l’on a l’habitude d’entendre, car plus proche du live que du mix classique : outre l’ambiance de la foule du Watergate sur le premier titre The Dust, enregistré en live dans le célèbre club, douze des treize morceaux présents sur le mix sont des compositions originales et inédites de dOP, souvent réalisées en collaboration avec d’autres artistes de renom (Seuil, Catz & Dogz, Nôze…). Le treizième est un remix de l’excellent Motor City Drum Ensemble. L’univers musical de ce mix ainsi défini, ajoutons que l’alchimie est excellente entre dOP et ses invités : ce mix se déroule sans temps morts, avec un groove et une élégance constants.
“Ce mix devrait montrer comment nous faisons de la musique, seuls ou avec des amis, ou des gens qui nous inspirent. Watergate nous a donné l’opportunité de sortir notre premier CD mixé, donc nous voulions faire quelque chose de spécial. Nous avons invité des artistes avec qui nous sommes amis pour travailler sur des morceaux avec nous, et ensuite nous avons utilisé ces morceaux pour le mix”.
Nous adhérons tant à la démarche qu’au résultat, et vous recommandons ce Watergate 06 comme nous l’avons fait avec les épisodes précédents de la série. Le mix est disponible sur Beatport.
En marge du Cool Cats Weekend qui s’est déroulé les 5 & 6 juin au Point Éphémère, nous avons eu l’occasion de poser quelques questions à Mickey Moonlight. Le jeune homme, visiblement aussi peu loquace qu’il est étrange et talentueux, s’est malgré tout prêté au jeu de l’interview.
[MaximalMinimal] Bonjour Mickey Moonlight, qui es-tu et d’où viens-tu ?
[Mickey Moonlight] Salut, je suis Mike Silver et je viens de Londres, au Royaume-Uni.
[MaximalMinimal] Tu es très discret au sein de ton label, Ed Banger Records…
[Mickey Moonlight] Je suis d’accord. Je suis content que tu dises que je suis discret. Je vois ma musique comme des visions fugitives et sans conséquences, qui vacillent… de potentielles distractions passagères… de petites expressions d’ambivalence cosmique… quelle importance ? L’univers est indifférent.
[MaximalMinimal] Travailles-tu sur des side projects ?
[Mickey Moonlight] Pas pour le moment, mais je produis d’autres artistes qui m’enthousiasment vraiment : Fimber Bravo (20th Century Steel Band), Lou Hayter (New Young Pony Club / The New Sins) et Hypnolove (Record Makers). Tous ces projets verront le jour très bientôt !
[MaximalMinimal] Comment décris-tu ta musique ?
[Mickey Moonlight] Science fiction exotica.
[MaximalMinimal] Que penses-tu apporter au label (Ed Banger Records), et que le label t’apporte-t-il ?
[Mickey Moonlight] Comme tous les artistes Ed Banger (selon moi), j’apporte un son et une vision distincts et uniques. Les gens d’Ed Banger sont les plus sympas que j’aie pu rencontrer. Ils mettent ma musique dans de fantastiques pochettes brillamment dessinées par So-Me et la distribuent aux jeunes gens.
[MaximalMinimal] Quels artistes, musicalement ou non, t’ont influencé dans la construction de ta musique ?
[Mickey Moonlight] Robert Anton Wilson (écrivain américain du XXe siècle, auteur de la trilogie The Illuminatus, ndlr), Kurt Vonnegut (écrivain américain de science-fiction du XXe siècle), J.G. Ballard (écrivain anglais de science-fiction mort l’an dernier).
[MaximalMinimal] Quels artistes recommandes-tu à nos lecteurs en ce moment ?
[Mickey Moonlight] Zongamin !
[MaximalMinimal] Un dernier mot ?
[Mickey Moonlight] Zongamin !
Merci à Matthias/Because Music. L’EP Love Pattern est toujours disponible sur toutes les plate-formes de téléchargement et chez les bons disquaires.
Pour commencer, je vais vous épargner le discours habituel qui accompagne chaque nouvelle sortie du duo de Sheffield. Oui Autechre est un groupe iconoclaste et difficilement abordable, mais là n’est plus la question.
Move Of Ten arrive quatre mois après Oversteps (que nous avions d’ailleurs chroniqué avec enthousiasme), un album de qualité qui sublimait de manière indéniable l’IDM. Fatalement, ce maxi subira la comparaison avec le précédent album même si les différences entre ces deux œuvres sont évidentes.
Là où Oversteps nous offrait une symphonie pleine de nuances, Move Of Ten rentre sans complexes dans une logique bien plus brute au risque d’en refroidir plus d’un et d’en lasser certains. Ici, point de mélodie charmeuse du calibre de krYlon ou de tergiversions épiques comme pouvait l’être d-sho qub, le concept de Move Of Ten est bien plus obscur et s’affranchit de toute contrainte sonore. Les rythmiques lourdes semblent vouloir écraser les quelques sonorités qui oseraient faire une incursion dans les spectres naturels et lorsque des synthétiseurs aquatiques paraissent reprendre le dessus dans nth Dafuseder b, c’est pour immédiatement s’évanouir dans un souffle inquiétant à grand renforts de réverbérations lointaines.
Nous n’avons donc clairement pas affaire à une suite quelconque mais bel et bien à une histoire à part entière qui peinera cependant à trouver le même écho que son grand frère. Malgré une profondeur saisissante, il manque à ce maxi une puissance et une stature pour provoquer chez l’auditeur une réaction à la hauteur du talent de Rob Brown et Sean Booth. Même si nous passons notre tour pour celui-ci, cet énième essai pour le moins original reste la preuve flagrante qu’Autechre n’a pas fini de nous étonner.
Move Of Ten sera disponible le 12 juillet en CD ou double vinyle avec naturellement la possibilité de télécharger les pistes en haute qualité sur Bleep.
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