
Bien qu’il y ait un homme derrière Arandel, il a décidé de rester en retrait afin de mieux mettre en lumière un projet qui pourrait vivre à travers d’autres dans le futur. Ce mystérieux homme-orchestre s’est imposé une contrainte de taille en s’attelant à la composition de In D : loin des standards de la musique électronique actuelle, aucun MIDI et aucun sample n’ont été utilisés dans la réalisation de cet album, chaque son ayant été enregistré par de véritables instruments afin de rendre l’ensemble plus authentique, une démarche prônée “organique” par son label, InFiné, maison du producteur lyonnais Agoria. Selon les mots de l’artiste, les MIDI “rendent tout possible [...], sont trop faciles à utiliser dans le processus créatif, et le résultat est souvent un peu décevant”.
Ce titre, In D, est un hommage au In C de Terry Riley, compositeur classique américain contemporain et chef de file du courant de la musique minimaliste.
Minimaliste, on pourrait le dire de cet album, dans le sens où tout y est fait avec justesse : on eût pu craindre qu’avec une référence à la musique classique et un refus de tout son pré-enregistré, l’ensemble se transforme en exercice de style un peu glissant, mais il n’en est rien.
Dès l’ouverture In D#1, on a affaire à une techno épurée mais chaleureuse, presque mystique lorsque l’énorme basse et les voix inquiétantes d’In D#5 nous clouent littéralement sur place ou que les murmures du chanteur Fredo Viola couvrent les violons d’In D#6. Sur le magnifique In D#7, peut-être le meilleur morceau de l’album, un quatuor de violoncelles et des percussions étranges s’invitent sur une basse parfaite, envoûtante, avant que l’insaisissable Arandel ne nous emmène déjà très loin, là où la batterie très saturée et les gargarismes rauques du chœur d’In D#9 nous surprennent quand nous ne nous y attendons pas, révélant soudainement des influences aussi lointaines que le shoegaze, nous ramenant tout droit aux meilleures sonorités de groupes du calibre de Spacemen 3.
In D#10 allie, selon les propres mots du label, le “roulement de pierres dans une carrière” aux cordes pincées d’un sitar indien et quelques délicates notes de piano. Les percussions boisées des lames d’un xylophone accompagnent un violoncelle sur la lente montée d’In D#8, et réapparaissent sur la techno d’In D#3, à l’ombre des trombones lui offrant des airs grandiloquents. La plupart de ces instruments, violons, violoncelles, sitars, se réunissent sur un Epilogue sombre et inquiétant, mélancolique à souhait.
Vous l’aurez compris, In D n’est pas un album comme les autres, loin de là. Œuvre d’un seul homme qui tient plutôt du chef d’orchestre que du producteur de musique électronique, il nous semble intemporel tant il s’affranchit avec humilité des codes de son époque. Au fil des écoutes, nous avons appris à l’apprécier et nous savons désormais que nous tenons un album brillant entre les mains.
In D sera disponible le 28 juin sur le label InFiné Music.



Bien d’accord sur cet album qui malgré quelques remplissages n’en finit pas de charmer grâce à son aspect organique.
Très bonne chronique sur Playlist Society, au passage