Interview : Call Me Señor

À l’occasion de la VoxPop Party qui s’est déroulée le 12 juin à la Flèche d’or, nous avons rencontré le groupe Call Me Señor, ex-The Victorians, qui nous a offert une interview et une courte session acoustique avant le début de leur concert.

[MaximalMinimal] Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

[JB] Call Me Señor c’est Alex et moi. Deux mecs qui font de la bonne musique.

[Alex] Ça me va (rires).

[MaximalMinimal] Le passage de The Victorians à Call Me Señor a été un véritable virage. Qu’est-ce qui vous a poussés à faire ça ?

[Alex] En fait on était dans le groupe les Victorians, et ça marchait très bien. Mais le groupe s’est arrêté pour des raisons personnelles. C’était le troisième groupe que certains membres on dû arrêter, et donc on a pas eu le courage de les remplacer, surtout qu’on avait commencé comme une bande de potes. Avec JB on s’est rendus compte qu’on avait seulement besoin l’un de l’autre pour continuer. Et on a commencé Call Me Señor, avec un petit virage musical en se tournant un peu plus vers l’électro.

De toute façon comme on avait plus de batteur et de bassiste, on s’est dit qu’on allait les faire nous même. Le meilleur moyen ça a été de les passer sur piste pour être sûrs de contrôler tout le processus et la performance live.

[MaximalMinimal] Et le public que vous avez aujourd’hui, est-il le même que pour les Victorians ?

[Alex] Et bien, je crois qu’il a évolué en même temps que nous.

[JB] Certains sont venus au premier concert de CMS parce qu’ils aimaient bien The Victorians, mais je pense qu’au final, ces chansons-là on pourrait les faire à 5 dans un plus grand groupe. Ce serait très bien.

[MaximalMinimal] Et le nom «Call Me Señor», c’est un hommage à quoi ?

[JB] JB est né au Mexique, et voilà ça a suffit quoi (rires).

[MaximalMinimal] À en voir l’évolution du rock et de l’électro ces 10 dernières années, on a l’impression que ces deux genres avancent main dans la main, et que la frontière devient presque inexistante par moment. L’idée de mêler rock et électro, c’est venu naturellement pour vous ?

[JB] Le virage électro est venu d’un constat pour nous deux. On allait passer sur des boîtes à rythme, et pour prendre le virage à fond, on pensait aussi partir sur des claviers. Au final une chanson c’est quoi ? C’est des accords et une mélodie (rires), et après tu peux en faire quelque chose de plus électro, ou demain pour toi on peut jouer du reggae.

[Alex] Mais c’est vrai que le déclic, c’est qu’avant on était plus féroce. On voulait un son absolument naturel et rien sur CD qu’on ne puisse pas jouer sur scène. Et maintenant, si on a des pistes de batterie derrière, après tout, avec ça tu peux rajouter des arrangements, puis des claviers. Donc on a naturellement fini par faire des instrus bien plus électro qu’avant. Comme il y a une vraie différence avec le groupe de rock classique basse, deux guitares et une batteries, on s’est dit “tant qu’à changer ça, autant le faire complètement”. C’est l’opportunité en fait, parce qu’on aurait très bien pu prendre deux mecs pour jouer à la place.

[MaximalMinimal] La grande majorité des groupes rocks, alternatifs voire pop décident de chanter en anglais sur leur musique. Est-ce que pour vous ça a été un choix, ou quelque chose qui est venu naturellement ?

[Alex] Alors il y a plusieurs réponses à ça. La première c’est qu’on a eu des influences, et que beaucoup de ce qu’on a écouté a toujours été en anglais. Ça a toujours paru plus mélodieux et aussi plus facile. C’est pas pour autant qu’on considère les paroles comme faciles, parce qu’on passe beaucoup de temps dessus en les bossant bien. Et en même temps, les seuls artistes français que j’ai écoutés et appréciés sont presque inégalables. Je pense à Brel, Gainsbourg… donc si on se compare un peu, ça fait dur (rire).

[JB] Surtout que ce qu’on entend aujourd’hui en rock français, à part certains, c’est pas l’éclate… Les groupes, on peut le dire, de merde, les BB Brunes par exemple, et bien c’est pas excitant quoi. Ça freine, et t’as l’impression que les groupes qui chantent en français ont presque deux ans de retard.

[Alex] En plus, on a privilégié la sortie digitale. Donc on est pas disponibles dans les magasins mais seulement sur les plateformes digitales. Résultat, on a autant vendu aux USA qu’en France. C’est bien la preuve pour nous que ça aurait été vraiment dommage d’ignorer une partie du public.

[JB] Tu viens de citer Phoenix qui est vraiment une influence par exemple, si on pouvait avoir le même parcours, on cracherait pas dessus bien sûr.

[MaximalMinimal] L’actualité de Call Me Señor ?

[JB] Donc on a sorti notre EP “Oh La La”, qui est disponible sur iTunes, Amazone et toutes les autres plateformes. C’est clairement une première production dont on est assez contents. On fait ça vraiment tous les deux et ça nous appartient. Après on va commencer d’autres choses mais ça sera probablement différent parce que plus tard il y aura le producteur et tout le reste, alors que pour l’instant tout vient de nous.

[Alex] C’est là aussi que les groupes qu’on a eu par le passé, ça nous a quand même bien aidés. Avant on avait des enregistrements dégueulasses alors qu’on avait de l’aide, du matos et des ingés son. Maintenant on le fait presque à l’arrache et on maîtrise absolument tout. Malheureusement on est plus que deux, et la faute de goût peut arriver plus rapidement (rires).

[JB] On ne dit pas que c’est effrayant de perdre du contrôle sur nos productions futures, parce que c’est naturel et qu’en même temps on a l’envie de bosser avec des gens qui peuvent nous apporter quelque chose.

[Alex] En tout cas, c’est la première fois qu’on sort véritablement quelque chose, parce qu’avec les autres groupes on a toujours fait que de la scène. On a un vrai sentiment de “ça y est, on l’a fait”.

Donc ce serait dur de ne pas remercier Nico, Thomas et notre label Shakermaker.

[MaximalMinimal] Vous faites partie de ceux qui pensent qu’Internet et le téléchargement (légal ou illégal) sont un véritable gouffre pour la musique moderne, ou au contraire, que ça permet de mieux partager et de contribuer à son rayonnement ?

[Alex] Bien, 95% des téléchargements sont illégaux sur internet. Je pense qu’il y a deux niveaux : nous ça peut clairement nous servir, comme on est au début et qu’on cherche de l’exposition et des gens qui viennent à nos concerts, avoir tes chansons qui circulent, ça peut que t’aider. Mais après, le pire c’est quand t’es pas encore un grand groupe, t’es juste un groupe débutant entre les deux qui essaye de faire de l’argent avec.

[JB] Pour nous c’est un plus, mais arrive le moment où ça te coûte un maximum, entre le label et la production. Donc clairement si tu rentabilises pas, eux ils te virent et c’est tout.

[Alex] Je pense que la manière avec laquelle on vend de la musique a déjà commencé à changer. C’est bien d’une part de créer des modèles de business, My Major Company est le reste, mais après, si c’est que de l’argent, la production du frère de Goldman et que ça reproduit le schéma des majors, ça a pas tellement d’intérêt.

Au moins les gens ont le mérite de se bouger le cul. Je pense à Shakermaker, notre label, c’est un label indépendant qui a été créé pour une sortie digitale et fait sur-mesure pour notre groupe. Une manière pour nous d’être plus proches des gens qui nous écoutent.

[JB] De la même façon, le format de l’album à terme est moins intéressant que le format du single je pense. Les Beatles qui sortaient à un moment des singles toutes les semaines, c’est un concept qui me botte plus.

[Alex] Oui, je suis d’accord avec JB. Il n’y a pas trop d’intérêt à sortir un album avec 3 singles à l’intérieur et 5 brouillons à côté. Mais dans tous les cas il faudra sortir un album, parce que le public sacralise encore beaucoup l’album.

[MaximalMinimal] Qu’est-ce qui vous a le plus influencés musicalement ?

[Alex] The Cure, c’est pas du tout électro. Ça n’influence pas directement ma musique mais ce sont des trucs que j’écoute depuis tout petit. Tout est bon dans The Cure (rires). Aussi bien les mélodies, les instrus ou les paroles.

[MaximalMinimal] Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

[Alex] Le dernier Foals, tout l’album est un véritable plaisir à écouter. Le son est vraiment travaillé, sans te faire mal aux oreilles, et ça devient un peu bordélique sur la fin de l’album. Selon moi, ils ont vraiment eu du courage là-dessus, parce que c’est le genre de virage que la plupart des groupes ne se permettent qu’après le 3e ou le 4e album car ils préfèrent rester dans leur moule sur les premiers pour plaire au même public. Foals eux, ils n’ont pas pris ce parti là, ils sont allés s’enfermer dans une maison comme LCD Soundsystem, pour produire leur album, et en tant qu’artiste je respecte ça.

[JB] En ce moment moi j’écoute un truc qui est super mal produit mais qui est assez cool, c’est Darwin Deez. Il commence à être vraiment connu.

[MaximalMinimal] Votre meilleur souvenir sur scène ?

[JB] Pour moi c’est le truc qui se passe quand je suis sur scène et que je me retourne vers Alex. C’est difficile à décrire, mais quand tu joues face au public, t’as un peu l’impression d’être dans un œuf, seul contre le monde. Et c’est génial en live, quand ce monde là t’aime bien et que ton partenaire est là pour te supporter. Ça me donne envie de me déchirer.

[Alex] Quand c’est comme ça, c’est vrai que JB a vraiment peur de rien.

Nous remercions Call Me Señor pour cette interview.

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