Interview: Young Michelin

[MaximalMinimal] Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ? Young Michelin, votre nom, c’est un hommage à quelque chose en particulier ?

[YM] Nous sommes Young Michelin, cinq garçons dans le van. Le groupe est composé de Romain Leiris à la basse, Arnaud Pilard à la guitare, Vincent Pedretti à la batterie, Laurent Maudoux aux claviers et moi-même Romain Guerret à la guitare et au chant. Tous expatriés à Marseille. Notre nom rend hommage à la jeunesse et à la magie blanche. Nous portons des sous-pulls noirs, fendus de larges bandes de couleur comme tout bon individu en marge qui se respecte.

[MaximalMinimal] Quelle a été la volonté de Romain Guerret en créant ce side-project qu’est Young Michelin en plus de Dondolo ?

[YM] Rien n’est venu motiver la création de YM, cela s’est fait comme ça, sans aucune ambition particulière, juste l’envie d’exprimer des sentiments. La tristesse, la colère, la résignation, le dégoût de notre société contemporaine. Arroser notre ennui de brume de fuzz, de refrains mélancoliques.

[MaximalMinimal] Comment décririez-vous votre musique et les influences que vous avez eues ?

[YM] De la musique pour chaires sensibles, loin des saillies ludico-festives et obscène de la pop d’aujourd’hui (où tout le monde semble ravi pour rien), nous ne faisons pas de cœurs avec nos mains. La musique de YM n’est pas très moderne, elle est hors du temps, surannée comme une vieille rose séchée, elle a l’odeur des coursières au printemps, le goût du vin les lendemains de cuites, l’odeur de l’orage au loin.

[MaximalMinimal] On vous compare parfois de manière extravagante à Poly Styrene ou Michel Gondry. Votre style musical et votre inspiration, est-ce de la nostalgie ? L’influence de votre origine “provinciale” ?

[YM] Les gens seraient plus nostalgiques en Province qu’à la capitale ? Peut-être…En tous cas oui, nous sommes tous des provinciaux, des quatre coins de la France, et l’on nous compare à tout un tas de trucs (oui-oui, Indochine, Taxi girl, Violette Nozière, Field mice, the Drums, une Méhari …) à tort ou à raison. Nous ne sommes pas nostalgiques mais mélancoliques, la nuance est de taille. Il est bon, voire salutaire de pouvoir s’extraire du temps et rêvasser, se noyer dans ce flot d’images perdues, fantasmer notre propre passé, le poétiser, le transformer pour en faire autre chose. Face à la vulgarité du monde moderne c’est un moyen de défense accessible à tout le monde et pour pas grand-chose. C’est ça ou poser des bombes.

[MaximalMinimal] Vous distribuez votre musique en digitale gratuitement sur Holiday Records, et vos vinyles sur une plateforme unique (Bulle Sonore Records). Peu de groupes font ça à l’heure actuelle. Est-ce que c’est un modèle de distribution qui vous tient à cœur au regard de l’évolution de l’industrie musicale ?

[YM] Il y a vachement de gens qui sortent des EPs, 45 tours, vinyle, en ce moment.
Le top c’est de mélanger les deux technologies en insérant, dans la pochette du vinyle, des codes permettant le téléchargement des titres en MP3 pour mettre sur son walkman. Comme ça les gens ont le joli objet chez eux et ils peuvent écouter son contenu partout. Ça c’est chouette je trouve. Après je n’ai pas trop d’avis sur les différents modèles de distribution, on fait comme on peut avec ce qu’on a.

[MaximalMinimal] Qu’est-ce qui vous a amenés à signer et à travailler avec Jacob Graham (fondateur de Holiday Records et leader de The Drums, ndlr) ?

[YM] Ce dinosaure de Myspace ! Et oui ils font leur marché sur Myspace comme à la grande époque en 2006 ! Ils m’ont contacté via Myspace donc et m’ont dit qu’ils aimaient beaucoup la musique de Young Michelin, ils m’ont expliqué leur façon de fonctionner et voilà, archi-simple. Je ne connaissais ni le label ni le groupe The Drums à l’ époque, c’est-à-dire il y a quelques mois. On vient aussi de sortir de jolis petits “split CD” collectors via le chouette label Cloudberry records aux USA.

[MaximalMinimal] Vous commencez à être assez médiatisés, avec un mini-reportage dédié aux deux groupes de Romain Guerret sur France 3, un article dans MAGIC Mag et une émission sur Électron Libre bientôt. C’est un choix ou quelque chose qui vient malgré soi ?

[YM] On essaye de diffuser un maximum notre musique, d’être présents partout, d’envahir les médias, de truster la presse, de faire chier un maximum de monde avec YM. C’est notre tactique du genre “drame”.

[MaximalMinimal] Vous sortez en 2009 l’EP Je Suis Fatigué/Elle M’Oubliera et cette année un autre EP, Young Michelin. La sortie d’un album serait-elle imminente ?

[YM] On y travaille, à notre rythme oui, par à-coups, sans rien forcer, surtout ne pas faire de remplissage ou des titres à tout prix, au détriment de la qualité. Rien ne presse finalement, il faut battre le fer tant qu’il échoue, ihihih, ahahaha.

[MaximalMinimal] Nos lecteurs sont très curieux ; qu’est-ce que vous écoutez comme musique en ce moment ?

[YM] Ben franchement j’écoute pas de musique car tous mes appareils sont en panne à cause de la chaleur, et je n’arrive pas à synchroniser mon niphone avec mon nitunes, tout est très compliqué pour moi en ce début d’été. Vivement la rentrée qu’on se mouille !

[MaximalMinimal] Un petit mot pour la fin ?

[YM] …nunc est bibendum, nunc pede libero pulsanda tellus … (« C’est maintenant qu’il faut boire et se déchaîner/danser », ndlr)

On remercie The Young Michelin, ce groupe hors du temps, de nous avoir livré cette interview pleine de sincérité et d’humour.

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